7.0 L'Approche en Population Générale


7.1 Les producteurs d'alcool s'opposent vigoureusement au principe bien établi que pour réduire le niveau des problèmes liés à l'alcool. Il est nécessaire d'adopter des mesures concernant la population dans son ensemble aussi bien que des mesures ciblées sur ceux qui abusent de l'alcool. Ils affirment en particulier que des facteurs comme la taxation et la publicité n'influencent pas les problèmes posés par l'alcool à la société. Selon les producteurs, malgré les preuves disponibles, l'augmentation des taxes, par exemple, pénalise seulement les buveurs modérés sans avoir d'effet sur les autres.6, 8

7.2 Considérant que les producteurs essayent de disqualifier l'approche en population générale en l'assimilant aux valeurs prohibitionnistes des pays scandinaves, il est intéressant d'opposer à cet argument les conclusions du Ministre espagnol de la Santé et de la Consommation :

" un changement de la consommation totale est probablement accompagnée par un changement parallèle de la proposition de 'buveurs excessifs' ...

 comme l'abus d'alcool accroit la probabilité de certains problèmes médicaux et sociaux, la consommation moyenne est très liée à la prévalence de ces problèmes

les mesures conçues pour agir sur la consommation générale touchent probablement aussi la prévalence des problèmes liés à l'alcool et sont donc une priorité de tout programme de prévention."10

7.3 L'affirmation de l'inefficacité de la taxation de l'alcool est évidemment fausse. Il est facile par exemple le lier le niveau des taxes et le taux de mortalité par cirrhose alcoolique, un lien qui n'existerait pas si les 'buveurs excessifs' n'étaient pas touchés par le prix de l'alcool.11 Il a été également prouvé que les jeunes consommateurs sont particulièrement sensibles aux prix des boissons. 12

7.4 Les affirmations des producteurs d'alcool sont en contradiction avec le sens commun et les données scientifiques, car elles demanderaient pour se révéler exactes un modèle particulier de deux populations distinctes de buveurs : la majorité, formée des buveurs modérés responsables qui selon la définition des producteurs n'ont jamais été touché par aucune conséquence néfaste de leur consommation mais qui sont influencés par des facteurs comme le prix et la disponibilité de l'alcool, et la minorité des buveurs irresponsables qui 'collectionne' tous les problèmes d'alcool mais qui ne seraient pas influencés par le prix, la disponibilité, les modes de consommation ou la culture du boire de la société dans laquelle ils vivent.

7.5 En réalité, on ne peut faire de distinction aussi nette. Selon l'usage normal du vocabulaire, la consommation légère passe à modérée et régulière, puis importante ou excessive, pour devenir à problème. De plus la notion "d'abus d'alcool" est très relative. Par exemple la fréquence des ivresses peut être considérée comme un "abus" en particulier par les défenseurs de la santé publique, alors que dans de nombreux milieux elle sera considérée comme acceptable voire admirable. Dans certaines régions du monde, comme la Russie, boire jusqu'à l'ivresse apparait comme une attitude normale.

7.6 De plus, ces catégories ne sont pas fixées pour la vie. Dans les études on trouve toujours plus de personnes qui répondent avoir eu des problèmes d'alcool dans le passé que ceux qui les reconnaissent dans le présent. Ainsi des consommateurs modérés et responsables peuvent avoir été des buveurs irresponsables dans le passé ou peuvent devenir irresponsables dans l'avenir. De la même façon, beaucoup de ceux qui sont habituellement des buveurs responsables et modérés peuvent boire en excès ou de façon inappropriée en certaines occasions. Les problèmes d'alcool, comme la consommation d'alcool existent sur un continuum plutôt que sur le mode du tout ou rien.

7.7 De plus, quelque distinction qu'on fasse entre l'usage, le mésusage ou l'abus d'alcool il apparaît de façon évidente par des comparaisons internationales que le niveau des problèmes d'alcool est fortement influencé par la pression sociale exercée en faveur de l'alcool. La consommation excessive est fortement liée à la consommation moyenne. Les sociétés où l'alcool est bon marché et facilement accessible et où les normes culturelles tolèrent une consommation élevée ont davantage de problèmes d'alcool. 13

7.8 Les raisons de ce phénomènes sont les suivantes:

  • Les buveurs, qu'ils soient modérés ou non, sont influencés par les mêmes facteurs légaux et fiscaux de la disponibilité de l'alcool. Lorsque l'alcool est plus facile d'accès, la consommation augmente.

  • Les buveurs s'influencent les uns les autres.Par exemple, une augmentation de la consommation chez les buveurs modérés (résultat par exemple d'une disponibilité accrue) peut influencer ceux qui boivent déjà beaucoup à augmenter encore leur consommation au fur et à mesure que les normes sociales deviennent plus tolérantes et encourage la consommation. De la même façon, une consommation accrue de la part des " buveurs excessifs" ou un nombre plus élevé de ceux-ci peut tirer vers le haut la consommation des buveurs modérés.14

7.9 Une seconde raison rendant inefficaces les mesures de prévention ciblées sur la minorité des "buveurs excessifs" tient au fait que les conséquences négatives de la consommation sont en fait réparties dans toute la population. Même les buveurs modérés peuvent rencontrer des problèmes liés à l'alcool en certaines circonstances et puisqu'ils représentent la masse de la population des buveurs, ils comptent pour une proportion substantielle des problèmes.15 Alors qu'habituellement le risque est proportionnel à la dose, en ce qui concerne les problèmes sociaux en particulier, il n'existe pas de seuil de consommation en dessous duquel on ne rencontre aucune conséquence négative. 16 C'est le cas en particulier pour les risques d'accident.

7.10 Une troisième raison pour laquelle il faut prendre en compte la consommation moyenne dans la population tient au fait qu'il existe une relation causale entre ce niveau de consommation et la fréquence des dommages liés à l'alcool. Cette relation a été trouvée non seulement entre le niveau moyen de la consommation et les pathologies comme la cirrhose du foie et certaines formes de cancer, mais aussi en ce qui concerne les accidents, la violence et le suicide. 17

7.11 Ces considérations expliquent les conclusions d'une étude sur la consommation d'alcool et ses problèmes dans un certain nombre de pays européens:

"Une conclusion évidente mais importante à tirer est qu'il existe une relation nette entre le niveau de la consommation générale et le niveau des problèmes liés à l'alcool. Si la consommation augmente, très probablement augmentera le mauvais usage de l'alcool." 18

C'est cette conclusion évidente que souligne le Plan d'Action de l'OMS et qui est constamment niée par les producteurs d'alcool.





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