L'alcool, source de problèmes familiaux


Il est bien connu que la consommation excessive d'alcool entraîne des difficultés non seulement pour le buveur mais aussi pour son conjoint, ses enfants, ses parents et tout autre membre de sa famille. Pour mesurer pleinement l'impact de l'alcool sur la famille il est indispensable de ne pas se limiter à une simple typologie de problèmes mais de voir plutôt comment une consommation excessive d'alcool peut ébranler la structure et le fonctionnement d'une famille au coeur même de son système relationnel (1):

Le système familial

1) Les rôles familiaux

Une consommation excessive d'alcool est capable de modifier les rôles joués par chacun au sein de la famille ou à l'extérieur de celle-ci et de bouleverser la classique division du travail. Le buveur excessif peut cesser d'assumer ses fonctions de chef de famille ou bien ne plus s'occuper de l'éducation des enfants, des tâches ménagères ou des activités de loisirs. Ces fonctions sont alors éventuellement reprises par quelqu'un d'autre, le plus souvent la conjointe du buveur. Mais cette situation peut également conduire l'un des enfants, surtout l'aîné, à endosser un rôle et des responsabilités d'adulte telles que la tenue de la maison ou la surveillance de ses plus jeunes frères et soeurs. Il arrive même que toute la charge émotionnelle de la famille lui incombe.

2) Habitudes de vie

Le comportement du buveur peut devenir imprévisible et perturbateur, de sorte que la famille a de plus en plus de mal à s'organiser et à conserver ses habitudes de vie. Impossible, par exemple, d'être certain que le buveur rentrera à temps à la maison ou ira à l'école pour ramener les enfants et, si oui, dans quel état il sera. Dans les familles qui ont un problème d'alcool, l'incertitude et l'angoisse sont constantes.

3) Rituels familiaux

L'absence du buveur, ou pire parfois sa présence, peut tout particulièrement perturber le déroulement des fêtes de famille comme Noël ou les anniversaires, qui sont des moments privilégiés pour renforcer les liens familiaux. Situation que résume en quelques mots un enfant de parents alcooliques interviewé par Margaret Cork dans l'une des premières études consacrée à ce sujet, L'enfant oublié » : Papa a gâché tous les Noëls dont je me souvienne parce qu'à chaque fois, il écrasait le sapin ».

4) Vie sociale

Par vie sociale, on entend les activités au sein de la famille et les liens entretenus avec le monde extérieur. Les occupations familiales, les loisirs notamment, se réduisent à mesure que le buveur devient incapable ou peu désireux d'y prendre part et que, par crainte de son comportement, l'entourage lui-même choisit d'y renoncer.

La famille du buveur est souvent honteuse et gênée par la conduite imprévisible et incohérente de celui-ci. Elle garde le secret sur son problème, le divulguer reviendrait à trahir ou à se montrer infidèle. Dès lors, il devient impossible d'inviter du monde à la maison ou même, d'accepter l'hospitalité. Peu à peu la famille se désocialise, ses attaches et ses occupations extérieures se réduisent considérablement. Si certains membres de la famille continuent malgré tout à s'engager dans des activités et des liens extérieurs, ceux-ci seront sans doute rigoureusement tenus à l'écart de la vie familiale.

Dans tous les cas, l'entourage est souvent incapable d'expliquer la situation à autrui. En particulier la conjointe du buveur qui doit souvent mentir pour éviter que la vérité n'éclate: c'est elle par exemple qui excusera les absences répétées de son mari au travail. En agissant de la sorte, elle peut inconsciemment le protéger des conséquences de sa conduite. Cette tendance à dissimuler le problème et à s'en faire la complice ne sert en fait qu'à prolonger l'alcoolisation, comme l'ont noté beaucoup d'observateurs.

5) Finances

L'argent dépensé dans la boisson n'est plus disponible pour d'autres usages. L'alcool peut réduire ou même détruire les moyens d'existence du buveur. Perte d'emploi et baisse de revenus sont fréquents et retentissent naturellement sur les membres de la famille : vacances sacrifiées, voyages scolaires annulés ou loyer impayé.

6) Communications intra familiales

Le dit, comme le non-dit, peuvent brouiller la communication au sein d'une famille. Au début de son alcoolisation, le buveur refuse souvent d'évoquer ses problèmes et le conjoint peut, de son côté, se montrer réticent à affronter verbalement son partenaire ou à engager la discussion avec ses enfants. Une étude danoise (2) a montré que, dès l'âge de 4-5 ans, des enfants avaient pris conscience des problèmes d'alcool de leurs parents plusieurs années avant que ce sujet ne soit directement abordé devant eux.

Par contre (ou ultérieurement), l'alcool et la boisson peuvent de régner sur toute la vie familiale et de dominer la conversation, notamment entre les époux. Même si elles n'abordent pas directement le sujet de l'alcoolisme, les discussions dégénèrent souvent en disputes et en récriminations sur ses conséquences.

Etant donné la manière dont les problèmes d'alcool peuvent affecter le système familial, il n'est guère surprenant que de nombreuses études internationales aient conclu à leur impact négatif sur chacun des individus qui composent la cellule familiale.

Alcool, problèmes conjugaux et violence domestique(3)

Les pays membres de l'Union ne peuvent pas tous fournir de chiffres sur ce sujet. En Irlande, l'agence nationale de conseil matrimonial Accord signale que 11% de ses clients citent l'abus d'alcool comme leur principal problème (1997). Mais les chiffres fournis par le Cork Counselling Service dépassent, eux, les 25% (1994-1996). Au Royaume-Uni, on estime que les problèmes d'alcool persistants doublent le risque de divorce ou de séparation et il a été établi qu'une demande de divorce sur trois mentionne l'alcoolisation excessive du partenaire comme facteur responsable de la procédure. Cependant, l'exactitude de ces affirmations n'est pas prouvée.

En ce qui concerne la violence domestique, la France rapporte que l'alcool est un facteur déterminant dans de nombreux problèmes sociaux, depuis les problèmes sur le lieu de travail jusqu'aux crimes (agressions, viol, violence à enfant et violence domestique), mais les statistiques font défaut (4). En Irlande, 17,5% des hommes suivant le traitement Cork contre la violence domestique ont indiqué qu'ils avaient été soignés pour abus d'alcool ou usage de drogue. Les chiffres en provenance des Pays-Bas montrent que dans 30% des cas de violence conjugale, l'assaillant est ivre au moment de l'agression. On compte dans ce pays, environ 15000 agressions de ce type chaque année. Au Portugal, 16% des actes de violence contre les femmes sont liés à l'alcool ou à la drogue (en majorité à l'alcool).

Au Royaume-Uni, en 1996, une étude sur la criminalité a donné les chiffres suivants:

Violence sous l’emprise de la boisson et/ou de drogues (%)
Violence domestique

Agresseur sous l’emprise de la boisson :

32 %

Agresseur sous l’emprise de la drogue :

13 %

Agresseur sous l’emprise de la boisson

ou de la drogue :

38 %

Les problèmes rencontrés par les membres de la famille

a) Le conjoint non buveur

Le conjoint doit faire face aux contrariétés quotidiennes qu'engendre la vie aux côtés d'un buveur dont la conduite est souvent déroutante et imprévisible. Plus le problème d'alcool s'alourdit et moins le conjoint est à même d'assumer correctement ses fonctions et ses responsabilités d'époux(se) et de parent.

Plus d'un tiers des buveurs en traitement estiment que la mésentente conjugale est le principal problème entraîné par leur consommation d'alcool. Au Royaume-Uni, on constate un taux de divorce deux fois plus élevé dans les couples ayant un problème d'alcool que dans ceux les autres ménages(5). La mésentente peut dégénérer en violence conjugale et il est clair qu'alcool et violence domestique sont fréquemment associés Même si la consommation d'alcool n'explique pas toujours la violence domestique, il reste qu'une forte proportion des auteurs d'agression sont des buveurs excessifs ou bien des individus sous l'emprise de l'alcool au moment de leur acte.

On observe aussi un lien entre alcool et agression sexuelle sur les enfants, y compris en cas d'inceste. Cette relation "peut prendre la forme d'un alcoolisme chronique des parents ou d'un état d'ivresse lors de l'agression".

Une enquête américaine(6) conclut que, de toute évidence, "l'alcool est un indice important de violence conjugale". Les femmes alcooliques ont plus souvent des altercations verbales avec leurs maris et elles peuvent avoir déjà subi de nombreuses violences physiques. Les études montrent une forte corrélation entre coups et consommation d'alcool, encore accentuée et aggravée par un usage de drogues.

Le conjoint peut connaître des difficultés relationnelles non seulement avec son partenaire mais également avec ses enfants. Très souvent, à mesure que le problème alcool s'impose à tous, le conjoint non buveur est de moins en moins disponible sur un plan affectif et matériel pour se consacrer pleinement aux enfants. Il lui arrive d'assumer seul leur éducation et de se faire auprès d'eux l'unique annonciateur des mauvaises nouvelles telles que : vous ne pouvez pas inviter vos copains à la maison » ou bien pas d'argent de poche cette semaine ». C'est pourquoi, par une triste ironie du sort, il arrive que certains enfants, et notamment les plus jeunes qui restent à la surface des choses, en veulent parfois plus au parent non buveur qu'à l'autre(7).

La conjointe du malade alcoolique est souvent divisée entre son propre intérêt et sa loyauté envers son partenaire et ses enfants. Quel que soit son choix, elle se sentira coupable de négligence envers l'un d'eux. Les femmes, plus particulièrement peut-être, peuvent se reprocher d'être responsable de la conduite de leur conjoint.

Mon mari me répétait toujours que si j'étais une meilleure épouse, plus tendre, davantage intéressée par le sexe et moins exigeante, il ne boirait pas autant. J'ai passé des années à essayer de devenir cette femme là, mais il ne s'est jamais arrêté de boire.»(8)

Note sur la codépendance

Une grande partie de la littérature destinée aux conjoints de malades alcooliques porte sur le concept de codépendance ». Jusqu'à une époque relativement récente, la codépendance était un terme utilisé dans le champ des dépendances pour décrire le comportement incitateur » des partenaires de buveurs. Ce mot fait référence aux multiples efforts déployés par les conjoints pour compenser ou dissimuler le comportement destructeur de leur partenaire et qui favorisent probablement son alcoolisation.

Plus récemment, la codépendance » a été définie comme une sorte d'accoutumance douloureuse aux comportements compulsifs et une recherche de l'approbation d'autrui pour s'assurer sécurité, bien-être et identité»(9). Certains, encore plus convaincus, ont décrit la codépendance » comme une affection primaire discernable chez n'importe quel membre d'une famille alcoolique, souvent pire que la maladie elle-même et dotée de ses propres manifestations physiques. Elle est considérée comme un symptôme médical accessible au traitement(10). Bien que les hommes puissent théoriquement être codépendants, la littérature concerne presque exclusivement les femmes.

Même s'il est évident qu'un grand nombre de personnes ont tiré profit de leur engagement dans le mouvement codépendant qui les a aidé à comprendre comment elles furent poussées à adopter un ensemble de comportements et à participer à un système destructeur, le concept lui-même soulève un questionnement social plus large que l'on se doit d'évaluer d'une manière critique. Pour certains, le concept de codépendance, bien que séduisant, peut se révéler dangereux(11).

Dans son article A critical analysis of the concept of codependency »(12), Anderson soulève les critiques suivantes à l'encontre du mouvement :

  • sa tendance à envisager les relations interpersonnelles comme des dépendances en banalisant de la sorte les comportements véritablement addictifs associés à la dépendance chimique(13).
  • son échec pour différencier les pathologies sévères des problèmes relativement mineurs et sa difficulté à reconnaître les multiples stratégies d'adaptation mises en oeuvre par les familles confrontées à un problème de dépendance(14).
  • le fait de considérer comme pathologiques des attitudes fortement associées à des qualités féminines telles que le souci excessif des autres et la tendance à privilégier d'abord les besoins d'autrui afin de préserver les relations.
  • l'incapacité à voir le comportement du conjoint comme une réponse culturellement conditionnée, la suractivité de l'un répondant à la passivité de l'autre.

Anderson cite Wetzel (15) qui résume ainsi les thèmes abordés par la plupart des programmes féminins efficaces : augmenter la perception du rôle des sexes ; aborder le droit de chaque femme à vivre sans domination, à être traitée avec respect et payée équitablement pour son travail ; restructurer la famille pour que les tâches ménagères et les soins aux enfants soient également partagés entre l'homme et la femme ; enseigner aux femmes que le développement personnel et l'action sociale sont tous deux essentiels pour amener un changement positif dans leur vie ; et enseigner aux femmes comment analyser et développer des politiques et des législations, en prenant soin de toujours commencer par une approche personnelle et d'élargir ensuite vers le global de manière à ce que le rapport entre les deux devienne claire.

Conséquences

Le conjoint du buveur subit donc d'énormes tensions psychologiques qui l'amènent à souffrir de dépression, d'angoisse et d'auto-dépréciation. C'est un gros demandeur de services médicaux et sociaux, un grand consommateur de médicaments, comme les tranquillisants, dont il peut devenir dépendant. Parfois, il finit par avoir lui-même des problèmes avec l'alcool soit parce que la boisson lui permet de combattre son stress, soit parce qu'une stratégie maladroite le conduit à boire dans l'espoir d'arriver à contrôler la consommation de son partenaire. Toutes ces difficultés peuvent retentir sur son travail, s'il en a un.

Si l'on exclut les cas où le buveur décède, le conjoint est placé principalement devant trois alternatives : le partenaire continue de s'alcooliser et la vie commune avec lui et l'alcool continue ; le partenaire cesse de s'alcooliser ; la relation entre lui et son partenaire se brise. Le choix de l'une de ces issues dépendra peut être autant de l'environnement socioculturel que des circonstances ou des facteurs individuels. On sait par exemple qu'un homme marié avec une femme alcoolique demandera plus souvent le divorce qu'une femme dont le mari est alcoolique. Toutefois, ce schéma est susceptible d'évoluer dans la mesure où les femmes peuvent maintenant plus facilement trouver un emploi et assurer leur indépendance financière après un divorce. Mais inversement, des mariages détruits par l'alcool peuvent quand même se pérenniser dans les pays où le divorce est peu reconnu.

b) Les enfants

Dans quelques juridictions, le lien entre problème d'alcool et négligence parentale est si fort que l'alcoolisation du père ou de la mère est considérée comme une preuve de négligence. La Cour de Justice de l'Etat de New-York statue:

.. L'abus répété d'alcool ou de drogue...sera considéré comme un commencement de preuve de négligence à enfant ou à toute personne placée sous la responsabilité légale du suspect... sauf si ce dernier participe régulièrement et volontairement à un programme thérapeutique accrédité. »

Les problèmes occasionnés par l'alcool varient en nature, en gravité et en temps. Parmi d'autres facteurs, l'âge de l'enfant peut influer sur la sévérité du traumatisme causé par l'alcoolisme parental. L'enfant de moins de 5 ans est particulièrement vulnérable au manque de soins physiques tandis que l'enfant plus âgé est davantage sensible aux carences psychologiques. Cela ne signifie pas, évidemment, que le plus jeune ne souffre pas sur un plan psychologique mais simplement qu'il est dans l'impossibilité physique de se détacher de ses parents comme peut le faire un enfant plus âgé en quittant la maison familiale.

Tout tourne autour de l'alcoolisation de maman. Nous faisons comme si de rien n'était. Je n'arrête pas de penser à ce qui se passe à la maison quand je n'y suis pas. Parfois, je crois que je vais devenir dingue. »

Paul, 15 ans (16)

Dans les cas les plus difficiles, comme nous l'avons vu précédemment, l'univers de l'enfant peut devenir déroutant, imprévisible et menaçant. On peut mesurer les éventuels effets négatifs de l'alcoolisme parental en se souvenant du concept éricksonien sur l'importance de la confiance pour le développement d'une personnalité saine : l'enfant doit être capable de se fier à l'amour des adultes qui s'occupent de lui et il doit aussi avoir confiance dans le fait, qu'à l'avenir, ces derniers continueront à l'entourer(17).

L'enfant peut subir des négligences de toutes sortes et se sentir abandonné par ses deux parents; il peut redouter la mort du parent alcoolique ou bien le départ du parent non alcoolique ; il peut devenir incapable de nouer ou d'entretenir des liens d'amitié ; il peut être victime d'agressions verbales ou physiques ; il peut être le témoin de conflits parfois violents entre ses parents et assister à l'éclatement de sa famille.

Pour l'enfant, c'est comme si le monde autour de lui était plein de colère, d'amertume et de douleur, sans personne pour lui offrir chaleur, amour ou réconfort.»(18)

L'enfant doit parfois endosser des rôles et des responsabilités d'adulte et ainsi, se retrouver littéralement privé de son enfance. Comme le parent co-alcoolique, il peut finir par se croire coupable de la situation.

Maman nous rappelait toujours, et pas très gentiment, que nous étions la cause des disputes familiales. Si nous nous étions moins bagarrés ou si nous avions eu de meilleurs notes à l'école, elle ne se serait pas sentie tout le temps énervée. J'ai grandi en étant convaincu d'une seule chose : aujourd'hui je serai la cause d'un problème, sans même savoir lequel, ni comment ni pourquoi.»(19)

Conséquences

Beaucoup d'enquêtes, dans de nombreux pays, ont été réalisées sur les enfants de parents alcooliques. Elles montrent toutes que ces enfants ont un risque plus élevé de rencontrer un certain nombre de problèmes dans leur jeunesse(20). Ces problèmes sont de trois ordres :

  • I. Comportement asocial : risque accru d'agressivité, de délinquance, d'hyperactivité et d'autres troubles du comportement.

  • II. Troubles émotionnels : ceci recouvre une large gamme de problèmes psychosomatiques, depuis l'asthme jusqu'à l'énurésie; attitude négative envers les parents et envers soi-même, avec une forte tendance à se faire des reproches; repli sur soi et dépression.

  • III. Problèmes scolaires : difficultés d'apprentissage; retard de lecture; manque de concentration; en général, faible réussite scolaire; conduite agressive et absentéisme.

Une étude espagnole(21) montre que les enfants de parents alcooliques présentent des troubles statistiquement importants dans de nombreux domaines, en particulier :

  • l'anorexie et les autres désordres alimentaires,
  • le développement corporel,
  • le langage et les capacités à communiquer,
  • les cauchemars, l'insomnie et les réveils nocturnes,
  • les symptômes dépressifs plus fréquents,
  • les désordres comportementaux,
  • les angoisses et phobies,
  • les tests d'intelligence.

Un travailleur social anglais intervenant dans un service d'écoute par téléphone(22) a dressé la liste des confidences faites par les enfants de parents alcooliques aux écoutants :

  • prendre des responsabilités à la place de ses parents,
  • avoir honte de ses parents, ne pas oser ramener des amis à la maison,
  • avoir des problèmes à l'école,
  • être brutalisé,
  • être préoccupé, avoir des difficultés de concentration,
  • avoir peur de ce que l'on va trouver à la maison,
  • assister à des disputes et à des bagarres,
  • se sentir coupable de la conduite de ses parents,
  • se sentir désespéré, impuissant, irritable, nerveux, déprimé, déçu, trompé, confus, isolé, anxieux, en colère et plein d'amertume.

On dit parfois que les enfants qui vivent dans une famille alcoolique ne sont pas tous touchés de la même façon et qu'ils adoptent des attitudes différentes en fonction de leur position dans la fratrie. D'après cette théorie, l'aîné des enfants est le héros » de la famille (assumant un rôle et des responsabilités d'adulte); le second est le bouc émissaire » ou le rebelle (problèmes relationnels, délinquance); le troisième est l'invisible ou l'enfant perdu » (exige peu du reste de la famille, s'assoit toujours à l'écart); et le quatrième est le farceur » (immature et exigeant).(23) Mais cette typologie manque de fondements précis.

Abus et négligence

L'alcoolisation parentale peut nuire à l'enfant avant même qu'il ne soit né.

Alcoolisme foetal :

Le syndrome d'alcoolisme foetal se définit dans les termes suivants :

  • Croissance foetale ralentie.
  • Atteintes du système nerveux central (anomalies neurologiques, retard de croissance, déficit intellectuel, périmètre crânien inférieur au périmètre normal, malformation du cerveau).
  • Difformité faciale caractéristique.

Les effets de l'alcool sur le foetus peuvent générer d'autres anomalies moins prononcées, susceptibles de toucher toutes les parties du corps.

Le syndrome d'alcoolisme foetal est un phénomène relativement rare qui, en Suède et en France, concerne respectivement 1,7 et 3,3 naissances pour 1000(24). En Allemagne, environ 2000 bébés sont touchés chaque année(25). Il n'atteint pas exclusivement les bébés nés de mères alcooliques et seuls sont touchés un tiers des enfants dont la mère consomme environ 2 g. d'alcool par kilogramme de poids et par jour (soit l'équivalent de 18 unités d'alcool par jour). Il semble que la plus ou moins grande vulnérabilité du foetus à l'alcool dépende d'un ensemble complexe de facteurs qui interagissent entre eux, la consommation d'alcool se combinant aux facteurs génétiques, aux carences alimentaires, à l'usage de tabac et de drogue et à un milieu social défavorisé(25).

Les atteintes de l'alcoolisme foetal peuvent être beaucoup plus répandues que le syndrome d'alcoolisme foetal lui-même. Certaines études suggèrent que les femmes buvant un ou deux verres par jour, ou plus de cinq verres à la fois mais de manière épisodique, donnent naissance à des enfants davantage exposés à des difficultés d'apprentissage et à des troubles du comportement. Il reste cependant difficile de calculer la prévalence d'un symptôme qui, à l'heure de la naissance, peut être confondu avec d'autres problèmes de santé(25).

Autres mauvais traitements à enfant (26)

Les informations ne sont pas disponibles dans tous les pays membres de l'Union Européenne, mais lorsqu'ils existent, les chiffres semblent montrer que l'alcool est impliqué dans la moitié des cas de maltraitance. Aux Pays-Bas, l'alcoolisation est un facteur de mauvais traitements dans 17% des cas et entre 30 et 50% des enfants inscrits au fichier de la Protection de l'Enfance ont des parents buveurs excessifs. En Norvège, 60 à 70 % des mauvais traitements à enfants sont dus à l'alcool. A Lisbonne et à Porto, au Portugal, 49% des abus physiques ou psychologiques contre un enfant se font sous l'emprise de la boisson tandis que l'Italie évalue cette proportion à 50%. En Irlande, 12,9% des enfants pris en charge par les services sociaux ont des parents considérés comme dépendants à l'alcool ou à d'autres drogues. En Espagne, une étude menée en 1992 a révélé que, dans 30% des cas, la maltraitance avait pour facteur l'alcoolisme parental.

Nous disposons de plus de précisions pour le Royaume-Uni. Voici, pour la période 1995-1997, le nombre d'enfants de moins de 18 ans (Angleterre, Pays-de-Galle, Irlande du Nord) et de moins de 16 ans (Ecosse) enregistrés par les services de protection de l'enfance comme ayant été abusés ou négligés ou en grand danger de l'être :

Figure 2 : Royaume-Uni - Enfants enregistrés à la Protection de l’Enfance

Année

Région

Enfants enregistrés

Taux pour 1000
habitants de - 18 ans

1996

Ecosse

2.479

2,1

1997

Angleterre

32.369

2,9

1995

Pays-de-Galles

1.668

2,5

1996

Irlande du Nord

1.551

3,0

Une étude a révélé que 28 % des dossiers suivis par les services sociaux concernaient un abus d'alcool parental. Dans les dossiers de protection infantile, les signalements d'enfants pour le même motif concernent entre 30 et 60 % des cas.

Manchester

Kingston-Upon-Thames

Dundee

Powys
(Pays-de-Galle)

% de signalements
incriminant l’alcool :

30 %

30 %

37 %

60 %

Le Devon County Council, lors d'une analyse de besoins menée en 1996, a découvert que 15% de tous les enfants et adolescents interrogés à la suite d'une fugue avaient, soit des problèmes d'alcool eux-mêmes, soit des parents souffrant d'un problème d'alcool. Si cette donnée était appliquée à l'ensemble du Royaume-Uni, 30% des enfants abusés et négligés (soit approximativement 11.500) seraient, au moins en partie, des victimes de l'abus d'alcool. Mais puisque seuls 64%, en moyenne, des enfants examinés par les services de Protection de l'Enfance sont véritablement enregistrés, les chiffres sont considérablement plus élevés.

Deux grandes organisations d'aide à l'enfance du Royaume-Uni nous fournissent une confirmation supplémentaire des souffrances vécues par les enfants de familles alcooliques. La National Society for the Prevention of Cruelty to Children, la plus importante association qui s'occupe exclusivement d'enfants maltraités et négligés, a analysé 2.234 appels reçus sur sa ligne d'assistance par téléphone jusqu'au 31.12.1997, sur une période de 4 mois,. Les résultats montrent que 23% des signalements d'enfants évoquaient l'abus d'alcool.

Un rapport publié en novembre 1997 par Childline », un service gratuit d'assistance téléphonique, a révélé que sur une période de douze mois (entre le 01.04.95 et le 31.03.96) 3.255 enfants avaient appelé pour parler de l'alcoolisation de leurs parents et être conseillés. Cette étude montre que l'alcool est mentionné dans presque tous les problèmes rapportés par les enfants : fugue, violence domestique, mauvais traitements, mauvaises relations familiales.

Figure 4 : Royaume-Uni - Alcoolisation parentale et difficultés vécues par les enfants

Problème principal

% d’enfants qui accusent l’alcool

Violence domestique

21 %

Mauvais traitements

15 %

Relations familiales

7 %

Fugue

7 %

Sans domicile

7 %

Parents divorcés/séparés

5 %

Agression sexuelle

4 %

Le cycle des abus

A l'évidence, les abus se reproduisent d'une génération à l'autre - les enfants d'alcooliques, par exemple, ont un risque élevé d'alcoolisme. Il en est de même pour la violence physique et les abus sexuels : alcoolisation de l'adulte et agression de l'enfant peuvent être liées et une personne victime de sévices sexuels dans son enfance aura souvent des problèmes d'alcool dans sa vie adulte, surtout s'il s'agit d'une femme(27).

Variations individuelles dans les problèmes rencontrés

Les enfants de parents alcooliques sont exposés à d'éventuels problèmes mais tous n'y sont pas confrontés avec la même intensité, certains d'ailleurs n'en rencontrent jamais, dans leur enfance comme à l'âge adulte.

Les recherches(28) suggèrent que, parmi les principaux facteurs susceptibles d'affecter le plus négativement l'enfant, on retrouve :

  • La violence : un enfant témoin de violence, même non dirigée contre lui, est fortement susceptible de connaître les problèmes décrits ci-dessus.
  • La mésentente conjugale : même si elle ne s'accompagne d'aucune violence, la mésentente conjugale constitue également un grave facteur de risque.
  • La séparation, le divorce et la perte d'un parent : un autre facteur négatif important.
  • Une éducation incohérente et chaotique : elle découle implicitement des facteurs mentionnés ci-dessus et de l'imprévisibilité qui règne dans un foyer perturbé par l'alcool. Beaucoup de recherches suggèrent que les enfants, surtout dans les premières années de leur vie, ont un profond besoin de structure, de stabilité et qu'ils aiment les choses familières donc prévisibles.

Les problèmes à l'âge adulte

Nous venons de voir que les enfants de parents alcooliques vivaient parfois des moments très difficiles, même si ce n'était pas toujours le cas pour certains d'entre eux. Mais ces problèmes, affectifs ou autres, persistent-ils à l'âge adulte ? De toute évidence, c'est souvent le cas. La preuve en est fournie par les Etats-Unis où il existe un important mouvement d'adultes enfants d'alcooliques, regroupés au sein de l'association Adult Children of Alcoholics (ACA). Il existe également des services d'aide aux enfants, dont l'un des objectifs est de réduire les risques de séquelles à l'âge adulte, par exemple la National Association For Children of Alcoholics (NACoA).

Certains enfants souffrent de troubles persistants à l'âge adulte. Cependant, on se borne essentiellement à se demander si l'enfant d'alcoolique deviendra lui-même buveur ou bien s'il continuera à souffrir de problèmes psychologiques cliniquement identifiables. Ce questionnement ne permet pas nécessairement de juger si l'enfant adulte est sorti totalement indemne de son expérience passée : qu'en serait-il par exemple, de sa carrière professionnelle, si ses performances scolaires n'avaient pas été affectées par l'alcoolisme de ses parents ?

Une étude anglaise(29) a démontré qu'une minorité d'enfants continuait à avoir des problèmes à l'âge adulte. Comparés à un groupe témoin de jeunes adultes issus de familles non alcooliques, ils présentaient un risque potentiel plus élevé de consommation d'alcool ou de drogue. Un certain nombre d'entre eux se sont révélés avoir de plus grandes difficultés d'adaptation : ils étaient plus déprimés, plus anxieux, se liaient difficilement, quittaient jeunes le foyer familial et d'une manière générale, n'étaient pas très satisfaits de leur vie. Les enfants issus d'un foyer familial touché par l'alcool peuvent manifester une incapacité chronique à nouer et à maintenir des relations personnelles suivies au cours de leur vie adulte.

Selon l'étude anglaise, les évolutions les plus problématiques se rencontrent surtout chez les enfants dont les deux parents étaient alcooliques ou lorsque la consommation d'alcool avait lieu au sein même du foyer. Il reste que, d'après cette enquête, la plus forte probabilité de séquelles psychologiques ne se rencontre pas dans le fait d'avoir eu un parent alcoolique, ou même deux, mais d'avoir vécu dans une famille en désaccord. Dans les familles qui avaient réussi à rester unies et relativement harmonieuses en dépit de leur problème d'alcool, les enfants semblaient s'en sortir sans trop de dommages. Dans le cas contraire, en revanche, la probabilité de connaître des problèmes à l'âge adulte était la plus forte.

La mésentente familiale, facteur de risque à l'âge adulte

Une importante littérature scientifique porte sur les retentissements du divorce et des séparations sur l'enfant. Elle suggère que le divorce aurait, à long terme, un certain impact négatif sur la santé psychologique de l'adulte.»(30)

L'impact du divorce sur la santé de l'enfant peut être important, avec un risque plus élevé d'avoir des ennuis de santé depuis le moment de la séparation jusqu'à l'âge adulte : les moins de 5 ans sont particulièrement vulnérables(31). Les enfants de divorcés ont une espérance de vie plus courte et sont davantage frappés de mortalité prématurée. Une étude suggère que le risque de surmortalité masculine peut s'expliquer par le fait que les hommes ayant vécu le divorce de leurs parents, divorcent eux-mêmes plus souvent, ont un niveau d'éducation plus faible et s'investissent moins dans des activités de service. Les femmes dont les parents ont divorcé, fument davantage et ont aussi tendance à divorcer, ce qui représente un double risque de surmortalité(32).

Note sur les facteurs génétiques

Les problèmes d'alcool ont tendance à se reproduire dans la famille génération après génération. Les parents au premier degré de malades alcooliques sont deux à sept fois plus susceptibles de développer des problèmes d'alcool au cours de leur vie (Merangas, cité dans 9th Special Report, 1997). L'une des explications envisageables est, bien sur, qu'il existerait une sorte de contagion sociale » de l'abus d'alcool, un apprentissage comportemental qui, pour toutes sortes de raisons, amènerait certains à imiter la conduite du buveur à risque.

Autre interprétation: l'origine génétique des problèmes d'alcool. Bien qu'il soit peu probable que la génétique à elle seule puisse expliquer les fortes variations de fréquence de l'alcoolodépendance d'un pays à l'autre, ou d'une époque à l'autre, les scientifiques sont unanimes à penser que les facteurs génétiques jouent un rôle non négligeable. Les travaux portant sur les familles, les jumeaux, les enfants adoptés et les marqueurs génétiques ont montré que les gènes jouaient un rôle par rapport à la consommation d'alcool (en quantité et en fréquence), les problèmes rencontrés (physiques, psychologiques et sociaux), et la dépendance. Cependant, c'est l'interaction entre environnement et génétique qui importe. Les gènes seuls ne peuvent pas déterminer qui deviendra malade alcoolique ou consommateur à risque.»(33)

Une étude britannique portant sur de jeunes adultes illustre ce propos. La vulnérabilité biologique des enfants de parents alcooliques s'est révélée n'être ni suffisante ni nécessaire pour que les sujets étudiés dans l'étude développent une alcoolodépendance à l'âge adulte, bien que ce risque soit pour eux plus élevé. L'étude a aussi montré que de solides relations familiales pouvaient protéger efficacement contre les effets potentiellement négatifs d'une histoire familiale alcoolique(34). Nous y reviendrons ultérieurement.

Conséquences

En ce qui concerne notre sujet, les découvertes de la recherche génétique ont un double retentissement. Les progrès de la recherche peuvent, d'une part, aboutir à l'amélioration des traitements de la consommation à risque et de l'alcoolodépendance. Ils peuvent, d'autre part, faire progresser la prévention de ces mêmes problèmes. Puisque le fait d'être issu de parents biologiques alcooliques augmente la probabilité de devenir un consommateur à risque, il existe nécessairement une population d'individus aux besoins spécifiques en matière d'éducation et d'interventions.

Facteurs de protection et de résistance »

Il semble évident, d'après ce qui précède, que certains facteurs protègent l'équilibre psychologique de l'enfant dans les moments difficiles et réduisent ainsi ses risques de séquelles ultérieures(35). Il en est de même pour le conjoint du buveur. L'identification de ces facteurs de protection permettrait de suggérer des moyens d'intervention auprès des familles et de diminuer les effets destructeurs de l'alcool.

Pour l'enfant, le facteur de protection le plus évident réside dans la force de cohésion qui unit ses parents. Si leur cohésion réussit à se maintenir en dépit des problèmes d'alcool, l'enfant souffrira moins.

Second facteur de protection: la cohésion des relations familiales. Même en cas de désunion du couple parental, le risque encouru par l'enfant est bien moindre lorsque la cohésion familiale est maintenue. Il est particulièrement important de conserver les rituels familiaux, notamment dans les périodes d'alcoolisation les plus lourdes. Ce facteur joue également si c'est la famille du conjoint non buveur qui perpétue les rituels familiaux.

Troisième facteur de protection: le conjoint non buveur. S'il est capable d'assurer un environnement stable et protecteur, les risques pour l'enfant seront réduits.

Enfin, une défense supplémentaire : l'attitude que l'on peut qualifier de # planificatrice » ou de réfléchie » de la part du conjoint et des enfants du malade alcoolique(36). A la différence de l'impuissance fataliste, cette disposition psychologique permet de prendre du recul par rapport à l'adversité et de mettre au point des stratégies défensives. Elle donne aussi une certaine capacité à faire le tour d'une situation, à soupeser les alternatives et à réfléchir aux décisions qui s'imposent.

Selon certains observateurs, ces aptitudes sont clairement observables dans les conduites d'adaptation développées par les enfants de parents alcooliques, et notamment à travers leur capacité à #s'engager » ou à #se désengager » de certaines situations. L'enfant va chercher, par exemple, à se désengager des éléments perturbateurs de sa vie familiale pour s'engager dans le monde extérieur. Parvenu plus tard à l'âge adulte, il peut décider de fonder un foyer en choisissant consciemment de ne pas reproduire ce qu'il a vécu à l'origine.

La présence ou l'absence de ces facteurs de protection permettent d'expliquer pourquoi les problèmes se transmettent de génération en génération dans certaines familles alors que, dans d'autres, le cycle de transmission peut être rompu. Il expliquent aussi pourquoi certains enfants élevés dans un environnement familial autrement plus problématique, réussissent malgré tout à ne pas souffrir de séquelles permanentes. D'où ce constat optimiste : l'adversité permet autant d'endurcir l'individu que de l'affaiblir.


References:

1. P. Steinglass et al : The Alcoholic Family. Hutchinson Education, 1988. Ce chapitre s'inspire également beaucoup des travaux de Richard Velleman et notamment de son article intitulé : Alcohol Problems in The Family. Institute of Alcohol Studies. 1993
2. Citée dans Alcohol Health and Society. WHO. 1995
3. Sauf indication contraire, les chiffres ci-dessous émanent des membres du groupe de travail.
4. La Santé en France 1994. Haut Comité de la Santé Publique. 1996
5.R. Velleman : Alcohol Problems in the Family. IAS. 1993
6. NCADI. USA. 1995
7.R. Velleman : Alcohol Problems in the Family. IAS. 1993
8. S. Brown : Safe Passage Recovery for Adult Children of Alcoholics. John Wiley & Sons. 1992
9. D. Treadway (1990), Codependency : Disease, Metaphor or Fad ? Family Therapy Networker, 14 (1), 39-42
10. T. Glerymski & T. Williams (1986), Codependency : Journal of Psychoactive Drugs, 18 (1), 7-13
11.L.S. Brown (1990, Winter), What's Addiction Got To Do With It : A feministe Critique of Codependence. Psychology of Women, 17, 1-4
12. S.C. Anderson (1994): A Critical Analysis of the Concept of Codependency. Social Work, vol39,no6, 677-684
13. J.W. Walters : The Codependent Cinderella who loves too much...fights back. Family Therapy Networker, 14(4), 1990
14. T. Glerymski & T. Williams (1986), Codependency : Journal of Psychoactive Drugs, 18 (1), 7-13
15. J.W. Wetzel (91), Universal Mental Health Classification Systems : Reclaiming Women's Experience. Affilia, 6(3), 8-31
16.NACOA 'Does this happen to you?'
17. B & P Berger : The War over the Family.
18. R. Velleman : Alcohol and The Family. IAS. 1993
19. S. Brown : Safe Passage Recovery for Adult Children of Alcoholics. John Wiley & Sons. 1992
20. R. Velleman : Alcohol and The Family. IAS. 1993
22.Renseignements fournis par ABS
22. S. Kork : What are the problems for children ? in Alcohol Problems and The Family. Conference Report IAS. 1995
23. S. Wegscheider. Es gibt doch ein Chance. Hoffnung und Hellung für die Alkoholiker Familie. 1998
24. Royal College of Obstetricians & Gynaecologists : Guideline : Alcohol Consumption in Pregnancy. Nov 1996
25. Information fournie par DHS, Allemagne
25. Royal College of Obstetricians & Gynaecologists
26. Renseignements fournis par les membres du groupe de travail
27. B. Miller : The Interaction Between Alcohol, Drugs and Family Violence. NIDA Research Monographs. 1990
28. R. Velleman : Resilient and Un-Resilient Transitions To Adulthood : The Children of Problem Drinking Parents. In Alcohol Problems in The Family. IAS Conference Report. 1995
29. J. Orford et R. Velleman : Childhood and Adult Influences on the Adjustement of Young Adults with and without Parents with Drinking Problems. Addiction Research. 1995
30. P.L. Chase-Lansdale, A.J. Cherlin et K.E. Kiernan : The Long Term Effects of Parental Divorce on the Mental Health of Young Adults : A Developmental Perspective. J Pers Soc Psychol. 1997, 73 (2), 381-391
31. A. Sims : Marital Breakdown and Health. British Medical Journal, 22 février 1992
32.. J.S. Tucker et al : Parental Divorce : Effects on Individual Behaviour and Longevity
33. Dr C. Cook : Genetic Aspects of Alcohol Related Problems. Conférence Alcohol Dependency - Meeting the Challenge ». Edinburgh. Novembre 1995
34. E.M. Hill et al : Young Adult Children of Alcohol Parents : Protective Effects of Positive Family Functioning. British Journal of Addiction, 87, 1992
35. J. Orford et R. Velleman : Childhood and Adult Influences on the Adjustement of Young Adults with and without Parents with Drinking Problems. Addiction Research. 1995
36. R. Velleman : Resilient and Un-Resilient Transitions To Adulthood : The Children of Problem Drinking Parents. In Alcohol Problems in The Family. IAS Conference Report. 1995



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