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CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS |
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La consommation problématique d'alcool touche, à l'évidence, des millions de familles et donc des millions d'enfants et d'adultes de l'Union Européenne. Les drames qu'elle provoque sont sans commune mesure avec les problèmes soulevés par l'usage de drogue. En dépit de quoi, les gouvernements consacrent souvent davantage d'argent pour les campagnes contre la drogue que pour les campagnes contre l'alcool. D'autre part, la lutte contre la toxicomanie est inscrite dans le Traité de Rome mais aucune campagne européenne particulière ne s'intéresse au problème beaucoup plus vaste de l'alcoolisme. Il faut remarquer ici que les pays d'Europe de l'Est, y compris ceux qui cherchent à rejoindre l'Union Européenne, ont des taux élevés de consommation d'alcool et de problèmes associés. La situation semble empirer dans la plupart d'entre eux(1). L'entrée des pays d'Europe de l'Est dans l'Union Européenne va donc se solder par des millions de citoyens européens supplémentaires touchés par l'alcool. Pour une frange importante des enfants concernés, les problèmes se poursuivent à l'âge adulte et quelques-uns, même, les transmettent à la génération suivante. Les difficultés vécues par l'entourage familial sont bien plus que des malheurs individuels, elles sont un problème sanitaire et social qui pèse lourdement sur l'économie de la société tout entière. Dans tous les Etats membres, les services de santé dépensent chaque année beaucoup d'argent public pour soigner les répercussions de l'alcool dans les familles, une somme non chiffrée mais évidemment considérable. Et cependant, les problèmes d'alcool dans les familles ne semblent pas recevoir l'attention qu'ils méritent réellement. Les Etats financent souvent des campagnes d'information de premier plan sur les dangers de la conduite en état d'ivresse, mais pas un ne mène une campagne similaire sur les dangers de l'alcoolisation parentale. Des services d'aide et de soins aux familles existent dans l'Union Européenne, mais répartis de manière inégale. Il est certain que beaucoup de personnes, les enfants en particulier, n'y ont pas véritablement accès. L'une des difficultés vient du fait que les services de soins pour malades alcooliques ne sont pas nécessairement préparés ou équipés pour traiter les aspects familiaux de la maladie alors qu'inversement, les services d'aide aux familles ne sont pas nécessairement préparés ou équipés pour s'occuper des problèmes d'alcool. Même si le développement et l'amélioration des services d'aide est une priorité sur le plan individuel, l'intervention d'urgence seule est d'un intérêt limité sur le plan social. L'objectif est d'empêcher que les problèmes n'atteignent un seuil critique ou, mieux, de faire en sorte qu'ils n'apparaissent jamais. Reste la question du financement de ce type de service. En grande partie à cause d'un manque d'information, nous n'avons pas pu aborder, dans ce rapport, le poids économique pour la société des problèmes d'alcool dans les familles. C'est sous cet angle qu'il faut envisager le financement de l'aide. Comme nous l'avons vu précédemment, on dépense déjà beaucoup d'argent public pour traiter les souffrances familiales causées par l'alcool ; il serait donc logique de financer les initiatives qui permettent d'éviter ces souffrances. Il faudrait pour cela trouver de nouvelles sources de financement, l'une des plus évidentes étant constituée par les revenus tirés de la vente d'alcool. Cependant, les Etats membres dont les droits sur l'alcool sont peu élevés ne disposeront certainement pas de suffisamment d'argent pour couvrir le coût économique et familial de l'alcoolisation. Outre l'augmentation des taxes, il faudrait mettre en place une contribution spéciale sur les ventes d'alcool de manière à pouvoir couvrir les frais de mise en place des services de prévention et de soins. Au moins certains Etats inscrivent-ils ce sujet à leur ordre du jour, même sans en faire une priorité. Le gouvernement danois a, par exemple, récemment financé des enquêtes et des rapports sur le thème de l'alcool dans la famille. Au Royaume-Uni, la Ministre de la Santé a récemment fait une déclaration sur les besoins des enfants dont les parents ont un problème d'alcool. Elle a reconnu, qu'à l'heure actuelle, il n'était pas toujours facile de déterminer qui pouvait leur apporter de l'aide. Elle a cependant assuré que les besoins des enfants et de leurs familles allaient être pris en compte dans le plan national contre l'abus d'alcool, en cours de préparation(2). Les Länder allemands ont adopté, en 1997, un plan d'action contre l'alcool qui s'engage à : ... mieux protéger les enfants et les jeunes contre les effets négatifs de l'abus d'alcool », sans que l'on sache cependant si ce passage fait allusion aux conséquences négatives de l'alcoolisation parentale. En 1993, le Ministère de la Santé allemand a développé un modèle de programme intitulé Travailler avec les enfants de parents addictifs », mais il a eu peu de retentissement en raison d'un manque de financement. En Irlande, les mesures de lutte contre l'alcoolisme font référence aux aspects familiaux du problème, mais sans les envisager en profondeur. La Norvège mène une vaste politique de lutte contre l'alcoolisme et un livre blanc édité par le Ministère des Affaires Sociales en 1991/1992 contient une longue analyse des aspects familiaux du problème. Deux des huit priorités citées par ce document concernent les enfants et les autres membres de la famille. En Finlande, les textes font référence à la famille en ces termes: L'un des buts de toute législation sur l'alcool est de préserver et de protéger l'unité de la famille. (Une famille sur six a souffert de l'abus d'alcool. Un enfant sur huit a subi les conséquences d'une alcoolisation parentale). Les objectifs sont les suivants :
Cependant, la plupart des Etats membres ne disposent d'aucun texte législatif qui fasse explicitement référence à la dimension familiale du problème alcool. Les déclarations officielles des membres du gouvernement n'en font pas état et n'envisagent pas d'agir en ce sens. Il n'est donc guère surprenant que nous manquions d'informations et que la plus rudimentaire évaluation de l'importance du problème soit difficile, comme le souligne ce rapport. Beaucoup de pays ignorent, sur un plan statistique, le rôle de l'alcool dans les cas de mauvais traitements à enfants et dans d'autres problèmes sociaux. C'est la conséquence d'une politique de l'autruche » dont il n'est pas trop cynique de penser qu'elle convient à tout le monde : en effet, tant que la gravité du problème n'est pas connue, celui-ci n'existe pas sur un plan public et les gouvernements ne sont pas dans la désagréable obligation d'avoir à faire quelque chose pour le résoudre. Les enfants et les conjoints non buveurs font peut-être les frais des préjugés différenciés du public envers l'alcool et envers la drogue. On tient plutôt la drogue pour responsable des problèmes qu'engendre la toxicomanie alors que le buveur, lui, est tenu personnellement responsable des problèmes causés par l'alcool. Une condamnation qui peut même englober sa famille, comme l'illustre une citation reproduite en introduction. S'en prendre à l'individu consommateur d'alcool détourne l'attention des facteurs économiques et sociaux qui encouragent la consommation problématique d'alcool. En réalité, les problèmes d'alcool dans les familles obéissent aux mêmes règles que les problèmes d'alcool en général : leur fréquence augmente, sur un plan individuel et collectif, avec le volume de boisson consommée et la fréquence de l'intoxication. Encourager la consommation d'alcool revient donc à augmenter les problèmes d'alcool dans les familles, avec les effets destructeurs qui peuvent s'ensuivre. Les séparations familiales peuvent également favoriser l'abus d'alcool et l'usage d'autres produits chez les adultes et les enfants. C'est pourquoi les mesures destinées à réduire les problèmes d'alcool peuvent consolider les familles et les mesures destinées à soutenir les familles peuvent faire diminuer les problèmes d'alcool. En ce qui concerne les enfants et les jeunes, il devient de plus en plus évident que si la société tente d'aider les jeunes à vivre sans consommer de drogues illicites (ou de substances volatiles), elle ne pourra pas faire l'économie d'une réflexion sur l'usage de l'alcool et du tabac.»(1) En effet, la consommation précoce de drogues licites favorise le passage ultérieur aux drogues illicites. La plupart des toxicomanes ont d'abord consommé du tabac et de l'alcool. En revanche, il est rare que les non-fumeurs ou les petits buveurs disent consommer des produits illicites. Diaboliser les drogues festives », comme l'ecstasy ou les amphétamines, tout en minimisant le problème de l'alcoolisation est donc dangereux. Les jeunes vivent dans une société qui fait la promotion de l'alcool et du tabac, des produits facilement et légalement accessibles. La publicité des 'alcopops' semble viser un public jeune et se transforme parfois en un encouragement ouvert à l'ivresse.» Par conséquence, l'élaboration de mesures préventives contre la toxicomanie devra souvent prendre également en compte l'alcool, le tabac et les substances volatiles. Ignorer les produits licites n'est pas une politique crédible.»(3) Les gouvernements nationaux devraient :
La Commission Européenne devrait :
Les organisations non gouvernementales :
References: 1. M. Bobak & M. Marmot : East-West Mortality Divide and Its Potential Explanations. B.M.J. 17/2/96 |
1996 - 2005 Eurocare